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  • Une Couverture  tête-bêche
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  • Sommaire
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  • Avant-propos de M. Roger TOUMSON

Comme l'indique explicitement le titre que lui a donné l'auteur, cet ouvrage est bel et bien un récit de voyage.

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Le lecteur y est convié à effectuer sous l'aimable conduite d'un guide inspiré la découverte d'une "Nature" dont il s'émerveille de déchiffrer les symboles.

"Invitation au voyage" : cités en épigraphe à la tête de l'ouvrage, les vers inscrits, extraits des "Fleurs du Mal" de Charles Baudelaire, en indiquent l'esprit. "Je vous prie de bien vouloir me suivre. Ici, vous êtes dans mon jardin. Mon jardin d''idées, de paroles, de rêves, d'illusions, de perspectives."

Tel est l'avertissement qu'aurait pu lire l'arrivant sur l'écriteau imaginaire s'il en était. Mais dans l'immédiat s'accomplit la superposition de la réalité et de la fiction. Le guide, gardien des lieux, pédagogue, s'empresse d'ajouter : "Mon jardin est pour certain très petit, seulement mille six cent vingt-huit kilomètres carrés. Pourtant pour rien au monde je ne l'échangerais." Car l'invitation au voyage qu'offre l'auteur à son lecteur a pour fin la découverte d'un pays réel, la Guadeloupe, Karukéra, l'île aux belles eaux.

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L'itinéraire parcouru se subdivise en sept étapes réparties en sept journées.

 

Quand commence le récit, au "premier jour", le soir tombe. "Le ciel s'assombrit. Il va pleuvoir ce soir", prédit le guide.

 

"Le deuxième jour", à l'heure du réveil du jardin, les visiteurs admirent le spectacle d'un monde "secret et sacré avec lequel ils doivent apprendre à s'harmoniser. J'ai le grand privilège de pouvoir communiquer avec tout ce monde. Je comprends les mots du Fromager." Ce géant d'environ huit perches, l'arbre sacré, est le refuge des âmes de nos ancêtres. A une demi-lieue se dresse le Figuier maudit. Ses racines aériennes, puissantes et tentaculaires, étouffent tout ce qui est à sa portée.

 

Au matin du "troisième jour", après une heure de marche il y a le Gommier blanc. Très recherché pour la gomme qu'il sécrète, il servait aux premiers habitants, Arawaks et Caraïbes, à construire des pirogues.

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Le récit du "quatrième jour" est la relation d'un rêve que fait le narrateur, où des créatures surnaturelles, humaines et végétales à la fois, l'invitent à préserver le patrimoine dont à son insu il est l'héritier et qu'il est de leur devoir d'enseigner : "C'est au Marbri qu'incombe la tâche de t'extraire de ton ignorance" répètent-elles.

 

Et au "cinquième jour" l'arbre au tronc scarifié d'énumérer les catastrophes naturelles et les luttes anti-esclavagistes qui, depuis le dix- huitième siècle jusque "en temps Sorin", ont endeuillé l'Histoire du pays.

 

Au "sixième jour" a lieu la visite d'un autre site d'exception. Deux gros manguiers en fleurs et un bosquet de bambous entourent une mare parée de jacinthes. Un sentier légèrement pentu conduit à une coulée que tapisse une petite forêt d'arbres à pain. Le plus grand d'entre eux prend la parole et raconte les périples de son espèce qui, originaire de l'Océanie, fut introduite dans le Jardin du Roi, à Cayenne, en 1788, puis répartie entre la Guadeloupe et la Martinique.

Quand l'arbre s'est tu le sentier qu'il fallut suivre conduisait à la case d'une vieille qui indiqua un lieu où passer la nuit. Son sommeil est agité de rêves cauchemardesques où ressurgissent, autour de Nestor et de Faisan, les figures tragiques des victimes de la répression de Mai 1967.

 

A son réveil, le lendemain, au "septième jour", est trouvé un Jardin extraordinaire dont les fleurs resplendissent. C'est enfin "le Jardin des connaissances" où "trouver des réponses aux questions.

 

N'en faites pas commerce, soyez discrets et sobres, laissez-vous guider". Telle est la leçon de la fable.

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Roger TOUMSON

  • Extrait du récit

" Nous découvrons avec bonheur que contrairement à nos craintes la trace, au lieu de disparaître, se consolide en pénétrant dans la forêt de sang-dragon. Certaines fois elle se laisse envahir par l’eau pour réapparaître quelques mètres plus loin. Au fur et à mesure de notre avancée, des galbas et des palétuviers jaunes se mélangent aux mangles-rivière. L’eau perd de sa transparence. Notre chemin devient de moins en moins visible, jusqu’à disparaître totalement. Nous sommes dans la mangrove. Depuis une bonne demi-heure, un peu avant d'entrer dans la forêt marécageuse, l'environnement me semble familier. J'ai beau chercher dans mes souvenirs, mais ne trouve pas. Les pièges à crabes en bois de récupération pullulent et me renvoient à mes souvenirs d’adolescent.

Je me souviens de ces longues nuits dans la mangrove avec mon vieil ami dit « Bwaboulé », quand armés de nos chaltouné nous traquions les krab a bab. Bientôt une dizaine de minutes que nous sommes à l’arrêt, à l’affut d’un bruit, d’un signe, d’une quelconque manifestation. Seuls des petits craquements, des chants lointains d’oiseaux troublent le fond sonore de la mangrove endormie. Une suite d’images très précises, à intervalles réguliers, s’anime dans ma mémoire. Je me vois enfant, vêtu d’un short et d’une chemisette rouge, éclairant mon ami Bwaboulé avec mon chaltouné, au pied d’un gros arbre. La main plongée dans un trou au creux des racines, il se tourne vers moi, le visage déformé par la lumière de ma torche à pétrole, un énorme crabe à la main. Sa grosse voix résonne dans la nuit :

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           - Ahhhh…Mi on bèl « bôkô  » "

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